Les épisodes Cévénol et Méditerranéen

(PREAMBULE)

Nous arrivons progressivement à la fin de l’été, et les températures ont étés très élevées…et pour la joie des touristes, elles ces températures ont réchauffées les eaux des mers et océans.C’est la Méditerranée (comme tous les ans) qui est chauffée avec des températures de 24 à 28°. Cette année, les températures sont proches des 25 à 28° sur le Bassin Méditerranéen. Cette situation est à risque, puisque c’est la période ou nous redoutons les intempéries sur le pourtour méditerranéen. Ce sont les traditionnels épisodes Cévenol ou épisodes Méditerranéen. Nous ne pouvons pas vous prévoir si des orages diluviens vont se produire telle ou telle date, mais nous pouvons déjà prévoir une situation à risque dès cette fin du mois d’Août. Mais au fond…c’est quoi vraiment un épisode Cévenol ou Méditerranéen?

(DICO) L’épisode Cévenol :

Comme décrit ci-dessus, un orage cévenol, épisode cévenol ou pluies cévenoles, désigne un type particulier de pluie qui affecte principalement les Cévennes et le piémont cévenol, dans le sud de la France. Ces épisodes violents provoquent souvent de graves inondations.Le « véritable épisode cévenol » se caractérise par l’accumulation de masses nuageuses en provenance du golfe du Lion, souvent dans un régime de vents de sud à sud-est très humides, provoquant dans un premier temps des pluies orographiques sur les massifs qui finissent par s’étaler en général jusqu’en plaine. Un épisode cévenol se déroule normalement sur plusieurs jours et donne en moyenne des quantités d’eau comprises entre 200 et 400 mm sans que cela revête un caractère exceptionnel pour ces régions montagneuses (plus rarement jusqu’à 600 ou 700 mm au cours d’épisodes vraiment intenses). Ces dernières années, le terme d’« épisode cévenol » a été souvent improprement employé pour désigner les orages qui ont notamment touché les plaines du Languedoc, pour lesquels les phénomènes entrant en action sont différents comme expliqué plus bas.Les principaux départements affectés par ces pluies sont ceux ayant une partie de leur territoire dans les Cévennes : l’Ardèche, le Gard, l’Hérault, la Lozère et l’AveyronÀ proximité, l’Aude subit un phénomène proche au pied de la Montagne Noire. Les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse sont affectés indirectement lorsque le Rhône déborde de son lit vers l’est sous l’effet du débit augmenté de ses affluents de sa rive droite. D’autres événements peuvent affecter tous les départements méridionaux mais on parlera plus volontiers d’épisode méditerranéen et c’est d’ailleurs ce dernier que nous allons expliquer…


(DICO) L’épisode Méditerranéen :

Un épisode méditerranéen est un phénomène météorologique particulier du pourtour méditerranéen, producteur d’intenses phénomènes orageux, et en particulier de fortes lames d’eau convectives. On peut même parler d’une séquence orageuse singulière, pendant laquelle une série d’organisations orageuses plus ou moins sévères se succèdent sur une zone donnée pendant 12 à 36 h, avec des cumuls de pluies journaliers très importants, souvent égaux à quatre ou six mois de pluies en seulement 12 ou 36 h. Dans les épisodes les plus violents, on peut même arriver à l’équivalent d’une année de pluie en seulement 24 h.Par sa saisonnalité, sa fréquence, et sa virulence, on peut le comparer aux phénomènes de moussons et aux cyclones tropicaux, puisqu’on en observe régulièrement à la même époque, avec une fréquence interannuelle très variable. Cependant si pour les cyclones tropicaux et la mousson des cycles interannuels sont clairement identifiables, ce n’est absolument pas le cas pour les épisodes méditerranéens. Mais ces dernières années on a pu identifier un indicateur intéressant, la température des eaux du nord-ouest de la Mer Méditerranée. Plus celle-ci est chaude, plus le nombre et l’intensité des épisodes méditerranéen seront importants. Lorsqu’ils affectent principalement les reliefs des Cévennes, on parle plus volontiers d’épisode Cévenol. Ce terme était d’ailleurs celui qui était usité par le passé pour le nommer. Cependant, les mécanismes de formations étant similaires sur l’ensemble du littoral méditerranéen, comme en Provence, dans le Roussillon, en Corse, en Catalogne espagnol, en Italie, ou encore en Afrique du Nord, le terme trop localisé fut peu à peu remplacé par « Épisode méditerranéen ».Ils sont devenus particulièrement célèbres, à cause des conséquences catastrophiques provoqué par certains épisodes, en France et en Italie. Cependant, la plupart d’entre-eux ne provoquent pas de catastrophes, mais régulièrement des crues soudaines localisées souvent spectaculaires. Ils sont cependant nécessaires au réapprovisionnement en eau des sols dans les régions côtières méditerranéennes.

nombre de jour total entre 1958 et 2016, où une lame d’eau supérieure ou égale à 120, 160, 200, et 300 mm de pluie en 24 h a été enregistré

C’est souvent en automne que ces phénomènes se déclenchent du fait de la configuration climatique, avec la température des eaux de surface de la Méditerranée au plus haut, les premières descentes des masses d’air venant des pôles, le maintien de masses d’air tropicales en Méditerranée, et l’arrivée des premières tempêtes hivernales de l’Atlantique. La combinaison de tous ces facteurs, font de cette saison la plus instable sur le littoral méditerranéen, où les configurations atmosphériques sont les plus actives et peuvent dégénérer très rapidement. Cependant pour qu’un épisode méditerranéen se déclenche, il faut l’arrivée d’une Goutte froide sur la Péninsule ibérique. La Goutte froide étant l’isolement d’une dépression des flux d’Ouest en Est, mesurant quelques centaines de km de diamètre, venant circuler plus au sud que le vortex polaire. Quand celle-ci se produit en Automne ou Printemps, voire en hiver, venant circuler entre le Golfe de Gascogne et le nord du Bassin Occidental méditerranéen, elle fait basculer le flux d’air en direction du sud de la France, propulsant une masse d’air tropicale au-dessus de la région.

Cette masse d’air traversant la Méditerranée, se charge en humidité, et vient se bloquer sur les principaux massifs montagneux du sud de la France (Pyrénées, Montagne Noire, Cévennes, Massif Corse, Contreforts alpins). Simultanément, un forçage d’altitude vient soulever la masse d’air tropicale, aggravant la déstabilisation de la masse d’air, et provoquent des orages. Les reliefs paralysant le déplacement des orages et les flux orientés au Sud, engendrent une régénération permanente des orages en humidité, sur une même zone donnée. Ces orages multicellulaires rétrogrades, se régénérant en permanence tant que les flux à leurs origines persistent, sont de très gros producteur de fortes précipitations en un laps de temps très court. Leurs immobilités apparentes est en réalité fausse, puisque les orages se forment l’un après l’autre, se succédant pendant plusieurs heures au même endroit.

nombre total d’épisodes sur la période 1958-2016, où l’on a enregistré au moins 120 mm en 24h, par département

Quels sont les phénomènes associés aux épisodes cévenols et méditerranéens? Quels sont leur conséquences sur l’environnement?

(DICO-PHENOMENE) Les Pluies diluvienne : En général, les fortes pluies perdurent au même endroit en moyenne 24 à 36 h, mais peuvent parfois dépasser les 72 h. Si les cumuls de pluies sur l’ensemble de l’épisode peuvent être spectaculaire, c’est surtout les intensités horaires les plus fortes, qui causent les crues les plus violentes. Le 3 octobre 2015 à Cannes, on enregistre seulement 200 mm en 24 h, ce qui en fait un épisode méditerranéen classique. Mais la quasi totalité du cumul s’est fait en 2 h, et de telles intensités horaires sont exceptionnelles.

Plus la surface qui reçoit 100 mm, 200 mm, voir plus, est importante, plus la masse d’eau recueillit est colossal. 1 mm de pluie représente 1 L d’eau par m², soit 0,001 m3 par m². Donc si un bassin versant de 1 000 km2 reçoit sur la totalité d’un épisode, 100 mm sur 70 % de sa surface, et 200 sur 30 %, il est tombé sur ce bassin pas moins de 100 millions de m3 d’eau. Voici trois exemples marquants d’une telle masse d’eau écoulée entre 2002 et 2010 :

  • Le 08 et 09 septembre 2002, il est tombé au moins 200 mm de pluie sur une surface de 5 301 km2 dans le Gard (d’une surface totale de 5 853 km2), ce qui donne une masse d’eau écoulée de 1,9 milliard de m3 ;
  • Du 01 au 04 décembre 2003, avec 100 mm de pluies sur une surface de 28 126 km2 en Vallée du Rhône (d’une surface totale de 95 500 km2), il est tombé pas moins de 4.9 Milliards de m3 d’eau ;
  • Le 15 juin 2010, sur une surface de 1 621 km2 dans le Var (d’une surface totale de 5 973 km2), on enregistre au moins 200 mm de pluie, ce qui donne un total de 425 millions de m3.

Une telle masse d’eau en si peu de temps (les épisodes s’étalant souvent entre 12 à 36h), engendre forcément des conséquences hydrologiques très importantes, voir catastrophiques. Pour se faire une idée de ces lames d’eau écoulées, il faut le comparer au lac de retenue du plus grand barrage d’Europe, le barrage de Serre-Ponçon (Alpes de Haute-Provence), qui peut contenir au maximum 1.3 Milliard de m3 d’eau. À ces quantité de pluies faramineuses, il faut également comptabilisé la saturation en eau des sols, qui si elle est très importante ne peut plus absorber la moindre goutte d’eau, et si en contrario, elle est très faible, les sols très secs ne laissent pas pénétrer l’eau, la faisant ruisseler de manières importantes dans les deux cas. Cependant, si dans un cas les cours d’eau arrivent à absorber la très fortes masses d’eau du fait de leurs étiages importants (comme en novembre 2011 dans les Cévennes), dans l’autre cas, les cours d’eau sont déjà au plus haut, et ne peuvent plus supporter le moindre apport supplémentaire, engendrant des crues massives (comme en décembre 2003 avec le Rhône).

Ces épisodes de fortes pluies sont particulièrement problématiques, puisque leurs intensités pluvieuses est telles, qu’aucun terrains, ni réseaux pluviaux, ne peuvent absorber ces lames d’eau, provoquant d’importantes crues torrentielles, aggravées par l’imperméabilisation des sols. Les régions urbaines en flancs de collines sont particulièrement assujettis à ce problème, avec des exemples spectaculaires, comme la catastrophe de Nîmes le 03 octobre 1988, l’épisode de septembre 2000 à Marseille, ou encore la catastrophe de Cannes le 03 octobre 2015. En zone de plaines aussi, ces fortes pluies posent également problèmes, par accumulation ou stagnation des précipitations sur des sols saturés en eau naturellement, comme ceux d’un delta ou d’une plaine fluviale marécageuse. Arles située dans la plaine marécageuse du Rhône, le 22 septembre 2003, vit son réseau routier et pluviale être saturé par les pluies torrentielles, qui ont battu un record ce jour-là, avec pas moins de 265 mm de pluies enregistrés en seulement 24h, dont la majorité en moins de 10h. De nombreux automobilistes se sont retrouvés pris par surprises sur les routes, et des dizaines de voitures ont été abandonnées sur le réseau routier noyé. Un épisode moins intense frappera Arles en novembre 2011, provoquant là-aussi une paralysie d’une partie du réseau routier, conduisant à l’évacuation par embarcation de soixante-dix automobilistes.

(DICO-PHENOMENE) L’intensité orageuse :

L’activité électrique est particulièrement soutenue sous les orages en V. La journée du 08 septembre 2002 fut la plus foudroyée dans le Gard en l’espace de 20 ans, à la suite du blocage d’un orage en V sur le sud des Cévennes, devant la journée du 07 septembre 2010, là aussi lors d’un intense épisode méditerranéen. L’activité électrique particulièrement intense était observable à plus d’une centaine de kilomètres de distance, avec des témoignages de celles-ci enregistrés à Béziers (Hérault), Mende (Lozère), Carpentras (Vaucluse), et même Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) où les témoignages parlent de lueurs à l’horizon sans se douter de leurs natures réelles. Ce 08 septembre 2002, on enregistrera aussi un impact de foudre sur la tour de contrôle de l’aéroport Marseille-Marignane, paralysant le trafic aérien pendant plus d’une heure. On comptabilisera aussi trois personnes foudroyées dans le Vaucluse.

Cette activité électrique intense s’explique par le nombre de cellules orageuses qui se succèdent durant toute la durée du système convectif de méso-échelle. La polarité des impacts de foudre évoluent tout le long de sa vie, comme l’a démontré Goodman en 1986. Il a déterminé un modèle conceptuel qu’on observe assez généralement, même si sur le terrain, lorsque plusieurs MCS interagissent entre eux, l’activité électrique va se comporter différemment. Les MCS ont trois phases électrique durant leurs cycle de vie :

  • la phase de formation : Chaque cellule du MCS ont leurs propre signature électrique, de type monocellulaire. Quand les cellules commences à s’organiser, on note une forte hausse du nombre d’impact négatif, avec un très faible nombre d’impacts positifs, tous situés dans la zone des forts courants ascendant.
  • la phase de maturité : Le nombre d’impact négatif diminue, puisque les cellules sont organisés. On observe une hausse du nombre d’impacts positifs dans la traine stratiforme du MCS, plus celle-ci gagne en taille. Quelques impacts négatifs font aussi leurs apparitions dans cette zone.
  • la phase de dissipation : Durant cette phase, il n’y a plus de renouvellement des cellules orageuses, et le nombre d’impacts positifs deviennent supérieurs à celui des impacts négatifs. Le taux de décroissance du nombre d’impacts négatifs, restent plus faible que celui de croissance observé durant la période de formation.

Il faut rappeler que les impacts positifs, sont beaucoup plus puissants et destructeurs que les impacts négatifs, par leurs polarité plus dommageable pour les réseaux électriques. L’activité électrique observé en temps réel permet aussi de mieux localiser les MCS, et donc de repérer les zones les plus fortement précipitantes, qui sont toujours à l’arrière immédiat de la zone la plus foudroyée. Cette très forte activité électrique, typique des organisations orageuses multicellulaires, permet aussi de suivre la chronologie de l’épisode, et de pouvoir prévoir comment celui-ci va évoluer.

(DICO-PHENOMENE) Les phénomènes venteux :

Les tempêtes méditerranéennes, engendrent d’importants dommages sur le littoral, comme en novembre 2011 sur le littoral varois, ou en novembre 2008 sur la Corse. Ces vents tempétueux sont accompagnés d’une forte houle, qui cause de gros dommages aux infrastructures côtières, par effets mécaniques des vagues. De plus, une surcote marine est souvent observée, venant s’ajouter à la houle, gênant l’écoulement des fleuves en crue à leurs embouchures, aggravant les effets des inondations en plaines littorales. En décembre 2013 lors du passage de la tempête Dirk, un important épisode méditerranéen a frappé la Côte d’Azur accompagné d’une surcote marine, noyant en partie l’aéroport de Nice-Côte d’Azur, perturbant fortement le trafic aérien dans la région en pleine période de Noël. En novembre 1999, les vents violents et la houle ont fait rompre de leurs amarres trois cargos dans l’Aude, qui sont venus s’échouer sur les plages de Port-la-Nouvelle.

L’instabilité régnant au cœur des épisodes méditerranéens, n’engendrent pas que des orages stationnaires, mais aussi des organisations orageuses très mobiles, qui ont parfois tendance à provoquer des phénomènes venteux convectifs. Lors de l’épisode de novembre 2016, des rafales descendantes accompagnant une tornade, ont été enregistrés dans le Tarn et l’Hérault. Cependant, ce sont les phénomènes les moins fréquemment observés, lors d’un épisode méditerranéen. Les rafales convectives étant beaucoup plus fréquentes lors des vagues orageuses estivales, comme durant l’été 2014, où un derecho fut observé dans le Languedoc-Roussillon.

(DICO-PHENOMENE) Les tornades et les trombes marine :

Les épisodes méditerranéens engendrent quelquefois des tornades, même assez régulièrement sur le littoral, voir l’arrière pays côtiers. Le dernier exemple en date, sont les quatre tornades EF0 qui ont frappé le Var, le 26 janvier 2017, lors d’un petit épisode méditerranéen en Provence, producteur d’un outbreak de tornades inédit pour la région. Le cas le plus intense lié au passage d’un épisode méditerranéen, fut celui du 22 octobre 1844 à Sète dans l’Hérault, avec une tornade d’intensité EF4, qui fit 20 morts. C’est l’une des trois tornades les plus meurtrières à s’être produite en France depuis le XIXe siècle.

(NOTE) Certaines informations ont été reprise par Wikipedia, d’autres information proviennent de notre base de données.

Article provenant de la production S.C.F StormChasers France.